30 Janvier 1939

Publié le

30 Janvier.

  "Que doivent penser les enfants - les miens, si jeunes, comme ceux des autres - témoins de notre indignation, en entendant nos commentaires et  voyant tant d'enfants parmi les  blessés? Comprendront-ils jamais l'étendue de la tragédie?...Je l' espère".



 
Nous voilà donc rendus à Port-Bou : c'est notre dernière étape en Espagne puisque nos arrivons à la frontière avec la France. Depuis notre départ de Barcelone, les nouvelles sont restées contradictoires, et , en règle générale, pessimistes. On nous dit ici que dans la Cité Comtale les fascistes règnent en maitres  emprisonnant et assassinant qui bon leur semble.


 
Nous voyons, dans notre foule de fuyards, des hommes, des femmes et des enfants porteurs de pansements, qui à la tête, qui au bras, qui à la jambe etc.. d'autres blessés plus gravement atteints sont étendus sur un autocar ou un camion. Nous leur demandons ce qu'il leur est arrivé, ils ont été pris sous les bombardements de Figueras..ce triste spectacle soulève des vagues de colère et des torrents de malédictions envers les traitres à la patrie.


 
Que doivent penser les enfants - les miens, si jeunes, comme ceux des autres - témoins de notre indignation, en entendant nos commentaires et  voyant tant d'enfants parmi les  blessés? Comprendront-ils jamais l'étendue de la tragédie?...Je l' espère. C'est pour cela que je tiens cette chronique de  ma vie, notre vie. Et  je ne sais ni comment ni quand, mais je ferai en sorte qu' ils  lisent mon journal.

 

 Ici tout est confus, personne ne peut donner d'informations sûres et concrètes, pourtant, nous savons que la situation tourne au tragique. Malgré la désorganisation, une brigade de « Récupération» arrive jusqu' ici, aux abords de Port-Bou, elle détient plusieurs hommes, ont-ils abandonné le front ?  Ceux- là et d'autres... je pense un instant aller jusqu'à Gérone pour expliquer d' où j'arrive et justifier ma présence ici.

 Manifestement ils veulent reconstituer une ligne de défense et stabiliser le front à quelques kilomètres de Port-Bou... une résistance bien inutile si l'on en juge par la tournure que prennent les choses. Mes compagnons, par leurs réflexions et leurs observations, m'amènent à renoncer au voyage vers Gérone.

 Nous restons là, entre la mer, la route et la montagne. Nous devons rationner la nourriture car les provisions dont chaque famille s'était munie arrivent à leur fin. Quant à nous, après avoir mangé les sept poules que nous avions prises dans notre poulailler, il ne nous reste quasiment plus rien...

 

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