28 et 29 Janvier 1939

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28 et 29 Janvier.


 

« Nous nous dirigeons tous vers la frontière poussés par l'instinct de conservation, et si chacun pense à sa vie,  le sort de nos mères de nos épouses et de nos enfants nous préoccupe bien davantage . »

 

  Nous passons ces deux jours à Perelada. Nous ressemblons de plus en plus à des Romanichels car nous dormons entassés sur le sol, sous les quelques couvertures que nous avions emportées. Les femmes, comme d' habitude, préparent la nourriture collective. L'un ou l'autre d'entre-nous va troquer un peu de pain et quelques denrées au village, l'argent ne vaut plus rien.

 

  Le 29 au matin, nous partons pour Port-Bou. Dès notre départ de Perelada, nous voyons des avions, ils arrivaient à une vitesse stupéfiante que je ne pouvais pas m'expliquer, nous arrêtons les véhicules et nous nous jetons au sol, de justesse, sous les oliviers. A basse altitude, l'aviation fasciste passe en mitraillant la route ... Des champs où nous étions, nous pouvions voir comment elle continuait d' écraser Figueras

 

 Nous sommes arrivés à Port- Bou ce jour du 29 après deux heures de halte à  Llança.  C'est là qu'on nous a parlé des bombardements de Figueras : ils avaient fait environ deux cents morts et nous avons appris que le Docteur Fantasma comptait au nombre des victimes. Quant aux blessés, leur nombre était extrêmement élevé.

 Un camarade de Llança nous a procuré quelques paires d'espadrilles pour les enfants, ils allaient presque pieds-nus. C'est ici également que nous avons eu des nouvelles de  la camionnette qui avait disparu à Gérone et qui nous manquait tant (elle transportait les vêtements et la nourriture), elle avait été retrouvée à la Junquera, vidée de son contenu : nos familles se retrouvaient donc avec les seuls vêtements que  chacun portait sur soi.  

  Durant cette courte escale à Llança, nous sommes à nouveau sortis indemnes d'un autre bombardement par l'aviation. De ce que l’on peut voir, les fascistes ne sont toujours pas repus de sang.
A Port-Bou, nous saluons des camarades et leurs familles. Nous nous dirigeons tous vers la frontière poussés par l'instinct de conservation, et si chacun pense à sa vie,  le sort de nos mères de nos épouses et de nos enfants nous préoccupe bien davantage.

  Il m'est difficile de narrer ce qui se passe dans la ville-frontière de Port-Bou : on ne peut rien y trouver, même pas un morceau de pain pour les enfants... La ville ressemble à un cimetière, tout est fermé,  nous sommes obligés de prendre très vite des décisions.  La femme d'A.., comme celle de M… et celle de C .. passent la frontière à pied, par le tunnel, et vont acheter du pain à Cerbère, pain qu'il leur faut payer à 200 pésètes le kilo 

 Si l'aviation ennemie poussait jusqu' ici, ce serait une boucherie : sur la route les voitures, les camions, les charrettes se suivent à se toucher sur des kilomètres et des kilomètres ....

 

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