Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 16:43

Le 4 février

 

 "Les enfants demandent du pain sans arrêt,...."

 Nous continuons à vivre comme des bohémiens. 
Nous n'arrêtons pas de discuter : est-il temps pour les femmes de passer en France ? Aller chercher du pain à Cerbère, ce n'est pas la même
chose que de traverser pour s'installer là-bas...

Toute la frontière est gardée par un cordon de milliers de gendarmes qui appliquent sans état d’âme cet ordre inhumain: ne laisser entrer personne...
Des rumeurs prédisent que le passage en France va être autorisé, à un moment ou à un autre. A côté de ces incertitudes arrivent des nouvelles, apportées par les nouveaux arrivés. Vich et Olot sont déjà aux mains des franquistes qui ne sont plus qu'à 14 km de Gérone...


Notre nourriture est sévèrement rationnée, elle n'est plus composée que de lentilles ou de pois chiches. Les enfants demandent du pain sans arrêt, nous en obtenons encore, toujours à 200 pésètes le kilo....

  A quelques mètres de la frontière, cela ressemble à une fourmilière.
Inutile vouloir décrire le tableau des routes avec les camions, les autobus, les voitures à l'arrêt, collés les uns aux autres, ou la foule des civils mêlée aux militaires en retraite.
Triste spectacle que celui de ces soldats, un grand nombre  est blessé et avance boitant bas, certains sont amputés d'un bras ou d'une jambe ; ils se trainent sur le chemin vers la France. Nombreux sont ceux qui ont pu abandonner l'hôpital avant qu'il ne soit pris par les traitres, assassins du peuple espagnol.

 


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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 16:48

5 février         

 "...il faut précipiter notre départ vers le nord et fuir l'encerclement si on nous laisse entrer en France car dans peu de temps ILS seront ici...Et c'est vrai... Depuis quelques heures, nous pouvons voir l'aviation mener ses raids de plus en plus près de la frontière."

 La rumeur d’aujourd’hui… Gérone serait au pouvoir des fascistes. Inutile de dire la nervosité qui nous a tous gagnés, et en premier lieu les femmes.  Les nouvelles ne peuvent pas être plus inquiétantes.


 
Depuis notre montagne nous pouvons distinguer dans le lointain de grandes colonnes de fumée et entendre le canon et les bombardements...en moins d'une demi-heure, quinze appareils ont bombardé Figueras en six passages successifs. On dit que ces pilonnages criminels ont provoqué la mort de plus de quatre cents personnes.

Nous sondons la frontière en divers endroits... Tout ici fait penser à une grappe de raisin, des gens en troupeau serrés, couchés à même le sol qu’ils aient ou non une couverture..


 
Quelques camarades arrivent: . il faut précipiter notre départ vers le nord et fuir l'encerclement si on nous laisse entrer en France car dans peu de temps ILS seront ici...Et c'est vrai... Depuis quelques heures, nous pouvons voir l'aviation mener ses raids de plus en plus près de la frontière.
Au point qu'un canon français anti-aérien a tiré des coups de semonce pour dissuader l'aviation de Franco de trop s'approcher, c'est du moins ce que disent nos commentateurs.


 
Puis une camarade, l'épouse de M.., décide de se rendre en France pour aller aux nouvelles. Elle a de la famille en France et elle veut savoir si, chez eux,  il est possible d'accueillir certains d'entre-nous. Je lui confie 500 francs français, il m'en restait encore 1500, pour le voyage et ses possibles dépenses.


 
Il faut abandonner la maison, nous descendons de la montagne pour occuper à nouveau l'autocar Laffly qui, depuis huit jours déjà, est garé en bas. Le commandant de la Récupération qui nous avait contraints à le lui donner ne l'a pas  pris en charge. Et il n'y a plus d'essence... pendant que, dans une voiture arrêtée, les occupants dorment, nous siphonnons dix ou douze litres de carburant. Voilà où en sont réduits les Espagnols pendant cette tragique retraite !!

 

 Il est neuf heures du soir.

  Chacun prend ce qu'il peut porter. Les enfants dorment mais il nous faut partir. Nous sommes à nouveau installés dans notre maison ambulante. Voitures et camions démarrent, croulant sous leur cargaison humaine.

Pas de temps à perdre, chaque minute perdue est risquée : à tout instant peut surgir un obstacle, un événement grave et la peur nous gagner.

Le moteur ne démarre pas...aucune voiture, aucun camion ne s'arrête pour nous prendre en remorque et nous tirer quinze ou vingt mètres, jusqu'à ce que l'autobus démarre enfin...Tous les chauffeurs sont nerveux dans l'espoir de passer avant les autres. Enfin, au bout de deux heures, quelques camarades obligent une voiture de l'Armée de l'Air à stopper, et à nous prendre en remorque. On nous traine sur deux cents mètres et le Laffly se remet en marche ...


 
De peur d'une panne et de ses conséquences, qui seraient très graves, nous décidons de monter dans des camions à la première occasion...des camions ou ce qui se présentera puisque nous ne maitrisons plus rien dans des circonstances qui s'aggravent au fil des heures. Heureusement que la frontière est proche, au pire nous continuerons à pied.


 
Nous ne formons plus qu'un groupe de vingt-deux hommes femmes et enfants car pour rendre le trajet moins difficile certains d'entre-nous sont partis de leur côté. Il fait froid, il est minuit ... heureusement qu'un toit nous protège...

 

 


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  • : Il y a 70 ans, des centaines de milliers d'hommes de femmes et d'enfants quittent l'espagne devant l'avancée franquiste. J.B. est l'un d'eux. Depuis son départ le 24 janvier de Barcelone, parti avec famille et amis, il prend des notes sur cet évènement et relate son parcours au jour le jour. L'exode vers le Nord de la Catalogne, l'attente à la frontière, la séparation avec la famille..Son journal s'achève un an plus tard, quand il sortira du Camp de Bram où il sera interné plusieurs mois.
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  • : 10/02/2009

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